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L’Art des Rocailleurs

Résumé.

J’avais évoqué, dans un précédent article consacré aux vieux enduits à la chaux(1) , l’utilisation du ciment durant la seconde moitié du XIXe siècle et première moitié du XXe siècle. Dans l’article, je citais la présence d’une croix dans le vieux cimetière de Saint-Pompon en Dordogne : « Visible dans l’ancien cimetière à la suite d’un débroussaillage, elle est certainement l’œuvre d’un maçon initié à la rocaille. La croix repose sur le sol et porte les prénoms de deux enfants d’une même famille, dont celui très lisible d’Armand Fauvel, nés en 1900 et décédés en 1904. Une autre rocaille, fracturée, existe également dans ce cimetière. » (fig.8). Ces rocailles qui sont souvent des imitations de bois (faux-bois), sont des œuvres d’artisans rocailleurs dont les techniques, liées aux nouveaux matériaux, se sont développées au cours du XIXe siècle pour pratiquement disparaître après la seconde guerre mondiale. La période de production la plus intense semble s’échelonner sur une durée de 70 ans, entre 1870 et 1940. Leur production a, par la suite, souvent été critiquée, rejetée avant de tomber dans un oubli quasi total. Quelques auteurs comme Michel Racine dont nous parlerons plus loin ainsi que des initiatives locales ont permis aux rocailleurs de retrouver leurs lettres de noblesse. Cependant si l’on considère qu’un seul département Français, la Creuse, à Felletin, dispense une formation de rocailleurs lors de stages de cinq jours, dont nous reparlerons, c’est bien peu. La plupart des propriétaires sont fiers de leur(s) rocaille(s) mais ils sont confrontés au manque d’informations sur l’entretien, le « savoir-faire », pour conserver en bon état leur(s) rocaille(s). J’ai tenté, dans l’article qui suit, de témoigner de la présence des rocailleurs en Dordogne, victimes d’une sorte d’ostracisme, afin de sensibiliser l’opinion à cet « Art populaire » en souhaitant que soient conduit des projets visant à la connaissance, la restauration et protection des derniers témoins existants. J’ai joint quelques photographies de leur production, dans l’espoir que celles-ci soient enfin reconnues au même titre que les cabanes, fontaines, lavoirs, fours …etc. Qu’elles trouvent enfin leur place dans ce que nous appelons « patrimoine ». Cependant il serait vain de comprendre ces éléments d’architecture décorative, populaire, souvent qualifiée de « brut » sans en donner quelques clés historiques, économiques et sociales.
Nous verrons, à travers une brève généalogie de la rocaille, que cet Art excelle dans les parcs et les jardins des châteaux depuis le XVIe siècle, à travers, principalement, des représentations de grottes, de fontaines et de rochers. L’objet de la présente étude se concentre surtout sur la deuxième partie du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle. Nous découvrirons l’importance de l’arrivée de nouveaux matériaux qui a permis l’invention de nouvelles techniques et libéré l’esprit créatif de certaines professions. A ce titre, le seul lien, qui existe, sans doute, entre les rocailleurs du XVIe siècle et ceux de la première moitié du XXe siècle tient dans la décoration de l’environnement en imitant des éléments naturels. Le faux-bois devient au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle une des techniques décoratives les plus réalisées, la plus répandue, que ce soit dans les éléments des parcs ou jardins ou aux éléments liés directement à la décoration de la maison d’habitation, façades, balustrades, escaliers etc.
C’est à travers les œuvres d’Elie Pineau, cimentier-rocailleur à Terrasson Lavilledieu, dont je consacre la dernière partie de cet exposé, que je souhaite redonner ses lettres de noblesse à cet Art.

1 Jean-Marc Caron, Derniers témoins d’enduits à la chaux à Saint-Cybranet (Dordogne) (Last traces of lime-based rendering at Saint-Cybranet, Dordogne), Hommage à Michel Rouvière (dir. Christian Lassure), L’architecture vernaculaire, tome 38-39 (2014-2015), http://www.pierreseche.com/AV_2014_caron.htm, 24 septembre 2014

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