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La rocaille, bon et mauvais goût.
« C’est moche, je n’aime pas, ce n’est pas beau, ça ne me plait pas, c’est vieux, c’est du ciment, c’est gris…etc. ». Au « bon goût » d’aujourd’hui, ne correspond pas le « bon goût » d’autrefois. Ce qui était en vogue hier ne l’est plus aujourd’hui et ce qui l’est aujourd’hui ne le sera certainement plus demain. C’est ainsi. Devons-nous pour autant, à partir de critères basés sur des jugements de valeur esthétique, écarter tel ou tel style architectural ? Devons-nous, à ce point, distiller l’histoire, pour n’en retenir que les éléments qui flattent notre « bon goût » ? Sommes-nous, à ce point, si affirmatifs pour dire qu’une maison noble, un manoir, un château, valent bien plus qu’une façade ornée de la maison d’un rocailleur ? L’histoire des bâtisseurs à pierre sèche vaut-elle plus ou moins que celle des maçons-rocailleurs ? Ce que nous n’hésitons pas à qualifier de « vieux », « d’anciens », voire « de laids » concernant la rocaille, était historiquement durant plus d’un siècle, moderne, novateur, pratique, peu coûteux et esthétiquement beau. L’histoire d’un seul élément de rocaille ne peut être comprise qu’en plongeant au cœur de la vie de cette société d’ouvriers, d’artisans et parfois d’artistes qui ont imaginé une nouvelle façon « d’habiter ». Le ciment recouvrira en grande partie les murs des maisons, parfois il remplacera les vieux enduits de chaux qui n’étaient plus de mode. On apportera un soin particulier aux soubassements des murs. Des faux moellons, modelés à « langue de chat, » sont souvent représentés. Des dessins de fausses pierres de taille, quelques fois avec de la céramique, décorent le bas des murs. On y dessine aussi des frises. Beau ou pas beau ? On aime ou on n’aime pas ? Qu’importe, c’est ainsi. L’histoire ne doit pas en souffrir ni la rocaille se retrouver aux oubliettes des mal-aimés. Les rocailleurs ont existé, ils ont œuvré, il reste quelques traces fragiles de leurs passages, peu nombreuses et souvent en mauvais état. Il serait vraiment urgent, avant qu’il ne soit trop tard, qu’un état des lieux soit réalisé, un inventaire qui permettrait de consigner cette production ainsi que le savoir-faire des rocailleurs.

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